Libération

René Le Birman est un ancien prisonnier politique. En 2008 il a été arrêté parce qu´il distribuait des tracts dans les quartiers de Saunchaung contre le gouvernement militaire alors en place. Je n´ose imaginer la frayeur quand on se fait prendre la main dans le sac. J´imagine que l´on a toujours l´espoir que pour nous ce sera différent, que l´on se fera jamais attrapé, parce qu´on a un ange gardien un peu plus costaud que les autres qui assure tranquillement notre protection. Et puis non, en fin de compte, cela arrive même aux meilleurs. Après jugement il a été condamné à 37 ans de prison ferme pour avoir provoqué du désordre sur la voie public et surtout, critiqué les autorités. On ne peut pas dire qu´il n´était pas prévenu, c´est un risque à prendre, un risque qu´il faut assumer, certains ont de la chance et d´autres de la malchance. Rien n´enlève le courage de l´action et le courage de l´homme, de cet homme-là en particulier, et biensûr de tous les autres. Malgré tout, les années en prison sont un enfer, et c´est peu dire, on n´en ressort pas indemne, même si c´est pour la bonne cause. De prisons en prisons, de colocataires en colocataires, d´années en années, le temps fini tant bien que mal par s´écouler, laissant un homme affaibli mais libre.  En 2012 grâce à l´amnistie du President Thein Sein, René Le Birman et beaucoup d´autres ont été relâchés. Enfin, il a pu respirer l´air frais à nouveau. De ce qu´il m´a raconté, ce qui l´a le plus touché ce jour-là, au-delà de retrouver sa famille et ses proches, c´était d´enfiler une chemise propre, de sentir l´odeur du linge fraichement lavé et repassé. C´était inespéré mais des bruits de couloirs disaient qu´il y aurait probablement une prochaine libération de prisonniers, la première ayant eu lieu en 2011 libérant de nombreux détenus. Les prisonniers politiques étant mélangés aux criminels on ne sait plus très bien qui est sorti ce jour-là, mais ce qui est sûr c´est que ça a fait du chiffre et que la Birmanie a donné l´impression d´être sur la bonne voie.

Depuis que René Le Birman a retrouvé sa liberté il a continué sur le chemin de l´engagement politique. D´abord il a rejoint une organisation d´anciens prisonniers politiques qui tente de donner du réconfort et des soins à aux anciens détenus. Ensuite, il a fini par rejoindre ses camarades, les Infiltrés. Ce n´est pas simple pour quelqu´un qui a été enfermé autant de temps de revenir à une vie normale, et de faire comme si de rien était. Pourtant, c´est une réalité ici en Birmanie. Rien a été mis en place pour les anciens prisonniers politiques : ils doivent se ré acclimater à la société comme ils peuvent et il n´y a pas d´aide, ni de status leur assurant une indemnité, une aide ou meme un suivi médical. Ils sont livrés à eux même et à leurs communautés. Etrange paradoxe qu´ils vivent aujourd´hui entre l´idée de héros que l´on se fait d´eux, et le vécu de victime qu´ils portent sur leurs épaules. Ils doivent assurer et ils doivent continuer. Quand René Le Birman est revenu chez les Infiltrés avec ses autres camarades Infiltrés d´incarcération, ils ont tous fait comme si de rien était, ils sont devenus un pourcentage d´anciens prisonniers politiques qui donne aujourd´hui au mouvement plus de crédibilité. René Le Birman a essayé de regagner sa position de leader mais force est de constater qu´il est aujourd´hui plutôt un suiveur « agitateur » qu´un meneur. Pendant son temps enfermé, bien qu´ayant appris l´anglais dans des livres, il s´est fait dépasser par les plus jeunes recrus ; ils ont été formé au management de projet et à l´anglais par des organisations internationales et ont compris rapidement les clefs de ce monde qui leur était jusque là inaccessible.

La réintégration est difficile, les temps changent et les mentalités évoluent, les anciens combattants « non violent », anciens étudiants, moines, professeurs, poètes, activistes, se retrouvent du côté des gagnants avec la Dame qui est aujourd´hui «  au pouvoir », mais se retrouvent marginalisé, peut être même un peu oublié, malgré leurs engagements. L´avenir les incite à continuer leur combat politique: parce qu´il y en a besoin et puis, en fait également, parce que c´est ça qu´ils maitrisent et qu´ils savent faire. Au fond, Le Che aurait-il pu devenir professeur de littérature après reconversion « professionnelle », dans autre vie ?

 

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