Bilan 2017: une lente marche vers la démocratie

Quelle est difficile la transition vers la démocratie ! Il y plus de deux ans, en octobre 2015, nous étions loin d´imaginer une telle crise pour ce pays qui semblait avoir enfin pris le chemin de la démocratie et des droits de l´homme. Les journaux internationaux ont beaucoup insisté sur ce changement, faisant d´Aung San Suu Kyi la héroïne des temps moderne, la Gandhi du XXIème siècle ou encore Nelson Mandala version féminine. La voilà à la tête du pays, bravant vent et tempête pour que la paix s´installe dans ce pays, qui a tant souffert après 60 ans de régime autoritaire. La vérité est bien différente, le parti d´Aung San Suu Kyi, la NLD a bien gagné les élections, mais elle n´a pas les mains libres pour agir et choisir le destin des citoyens birmans. Le pays est toujours sous l´ère de la constitution 2008 donnant l´avantage politique et économique à l´armée quel que soit le parti majoritaire en place : 25% des sièges au parlement sont détenus d´office par l´armée et il faut plus de 75% pour faire passer une loi, 3 des ministères clefs sont gouvernés par des militaires etc. Aung San Suu Kyi elle-même n´a pas pu être présidente, conformément à la Constitution 2008, et c´est son ex-chauffeur/ami d´enfance, U Htin Kyaw, qui détient le poste. Aung San Suu Kyi est le porte-parole du président ou peut être porte-parole d´elle-même… Néanmoins, on le comprend vite, le parti de la NLD qui part déjà avec de gros handicaps (ministres et membres du parlement non formés et inexpérimenté) est bloqué dans ces décisions.

Alors qu´a-t-elle mit en place depuis 2015 ? Elle a beaucoup œuvré pour les conférences de la paix avec les différentes ethnies qui avaient été initié par son père, Aung San, en 1947. Bien que prometteuses et probablement les seules à même de mener la paix dans le pays, elles sont vivement critiqué par la société civile qui est sous représenté lors de ces évènements. Les militaires représentés par les grands généraux sont les seuls à avoir une stratégie et c´est eux qui mènent la danse. Le cessez-le-feu dans les différentes régions où il y a des conflits armés est proposé sous forme de négociations commerciales avec les Seigneurs de Guerre des différentes régions… Néanmoins ces conférences ont entamé des discussions sur l´avenir de la Birmanie en tant qu´état fédérale, ce qui pourrait un jour devenir « le début » de la fin de la guerre et de la reconnaissance officielle des différentes ethnies dans le pays…


Constitution 2008

Cette constitution a été rédigé par le gouvernement autoritaire en 2008 afin d´être la feuille de route à un nouveau régime démocratique en Birmanie. Ainsi donc officiellement les militaires voient cette constitution comme une transition, alors que les opposants aux régimes totalitaire voient la une manière pour l´armée de continuer à asseoir son pouvoir et à avoir la main mise sur l´économie et la politique du pays.

En 2015 après la victoire de la NLD, les nouveaux membres du parlement des deux chambres ont proposé des nouveaux amendements pour une Constitution 2015. Ceux-ci ont été rejetés par les 25% militaire du parlement et ont empêché une quelconque réforme de ce régime militaire.


Une importante crise religieuse est actuellement en train de prendre place au Myanmar. Les conséquences humanitaires pour cette minorité musulmane sont terribles et sans précédents. Rejetés de Birmanie mais également du Bengladesh ils n´ont nulle part où aller. Les ONG ont eu interdiction, pendant les 3 premiers mois de la crise, de se rendre là où les conflits sont les plus intenses et n´ont pu intervenir pour soulager cette population. Les conflits entre la majorité Rakhine et cette minorité musulmanes remontent à de nombreuses années mais a pris de proportions beaucoup plus grave en 2017.

Le conflit n´a fait qu´escalader depuis début Aout 2017. Nous nous sommes rendus a Sittwe, capital de la région, en mars/ avril et avons pu observer les tourments qui règnent sur ces lieux. Les musulmans sont concentrés dans des camps à la frontière des grandes villes, aucun d´entre eux n´a l´autorisation de se rendre en ville. Les musulmans les plus persécutés, due par leur soit disant origine Bengal, quant à eux se trouvent dans des camps à la frontière entre la Birmanie et le Bengladesh. La présence d´ONG internationales venus en partis pour soulager et intervenir auprès de la population musulmane se voit vivement critiqué par les Rakhine, la majorité bouddhiste de la région. Eux aussi ayant une situation très précaire due notamment à un chômage de masse, peu d´ouverture sur l´extérieur donc peu d´opportunités, une éducation très pauvre par manque d´infrastructures et de professeurs et moins de denrée agricole que dans d´autres régions, se sentent marginalisé et délaissé par les internationaux. Pire, ils estiment que cette « préférence » pour la population musulmane est insultante.

Fin 2017 et suite à de nombreux sursauts politiques en Birmanie et une société civile très active, pro militaire, ou plus rarement, défenseurs des droits de l´homme, une communauté internationale très critique, des accords avec le Bengladesh ont été signés et la minorité persécutée aurait le droit de revenir dans le Rakhine. Néanmoins, avec l´accueil qui les attends très peu d´entre eux ont pour le moment pris le chemin du retour.

Que disent les Birmans ?

Les Birmans sont, pour la très grande majorité, racistes envers les musulmans, et plus particulièrement envers les Rohingyas. Le mot n´est d´ailleurs jamais utilisé en public et très peu dans les médias locaux. La haine des birmans envers cette ethnie ne date pas d´hier et est alimenté par les médias sociaux. Les Birmans ne considèrent pas cette ethnie comme faisant partis des 140 ethnies du pays.  Les Médias sociaux enveniment le conflit tel que facebook ou twitter, et font circuler des fausses informations.

ASSK est définitivement passée d´activiste à politicienne et mesure l´impact qu´aurait ses propos sur la population mais également sur son avenir dans la politique du pays. Bernard Guetta sur France Inter a dit en parlant d´Aung San Suu Kyi : « On ne comprend pas, mais aussi inacceptable qu´elle soit, cette attitude n´est pas inexplicable ».

L’éducation, un manque à gagner

L´éducation a été considéré comme une des priorités du nouveau gouvernement en 2015. Il semblerait qu´il soit plus difficile que prévu de renégocier les termes du système éducatif et de commencer les changements sur le terrain. Le ministère de l´éducation, qui a à sa tête un médecin (!) coopère avec différentes institutions (dont des écoles privées de formation des professeurs qui ont fait leurs preuves ces dernières années en Birmanie) pour modifier les cursus scolaires et améliorer la formation des professeurs. La tâche est immense, on l´imagine bien, et les moyens mis en œuvre sont critiquables. Le principal partenaire pour améliorer le système éducatif est une organisation japonaise qui a très peu d´expérience dans ce domaine mais qui a été recruté non pas pour ces compétences mais pour valorises les accords économiques entre les deux pays.

Alors ? Démocratie ?

Elle est lente et laborieuse la marche vers la démocratie. Les compromis sont inévitables. Une véritable démocratie  nécessite une justice indépendante, et le respect des droits de l´homme. Le sujet  des réparations  vis-à-vis des victimes du régime, celui de la détermination des responsabilités devra être traité.

On attendait beaucoup d´Aung San Suu Kyi. Peut-être que trop de choses pèsent sur les épaules d´une seule personne. Elle a choisi son camps, la voilà devenu une politicienne professionnelle, qui doit ménager la chèvre et le choux. Bien sûr, elle pourrait tenir d´avantage à sa cause et parler tout haut, elle a choisi de ne pas le faire. Elle tente de satisfaire tout le monde, pour ne froisser personne, militaires, internationaux et birmans. La voilà prise en tenaille entre les différents camps.

Il est à la fois triste et fascinant de regarder ce  pays, abimé et mis à terre par tant d´années  de régime autoritaire, essayer de se redresser  et de se remettre en marche. Les roues du vélo sont rouillées et voilées, les croyances et les valeurs ont été endommagées, le guidon n´est pas tout à fait droit et les pédales manquent de stabilité. Mais le désir de se relever est le plus  fort. Alors il en faudra des coups de pédales ! Il faudra certainement se cogner la tête sur des compromis et se râper les genoux, mais l´essentiel est de se relever pour  que, dans quelques années, il y ait un deux-roues en meilleur état, qui puisse avancer sur son chemin.

Souhaitons à la Birmanie d’assumer sa diversité, en sachant faire vivre Ensemble les nombreuses ethnies/groupes qui la composent et qui sont déjà le Myanmar de demain.

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